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Décryptage d’un langage

Le « Et en même temps »… d’Emmanuel Macron

Le vendredi 28 juillet 2017, par Bernard Roux

Les observateurs politiques et la presse n’ont pas manqué de relever chez le président de la République la manière (voire la manie) de compléter ses discours par cette expression « et en même temps ». En fait, il ne s’agit pas d’un tic de langage mais du résultat d’une formation intellectuelle et (en même temps !) d’un projet de gouvernement…

Dans l’ombre de Paul Ricœur

Emmanuel Macron a connu et fréquenté Paul Ricœur au moment où ce dernier publiait « La mémoire, l’histoire et l’oubli » et parachevait le monument de « Temps et récit ».

Le jeune Macron a saisi d’emblée la démarche du philosophe du penser ensemble - l’expérience de la temporalité et la réplique de l’activité narrative donnant un sens à l’épopée dans le temps.

Dès lors, le récit est lié à l’existence et/ou l’invention d’une intrigue dans laquelle le spectateur ou le lecteur peuvent adhérer. Ricœur est convaincu de la puissance de l’activité narrative répondant à la temporalité de l’activité de chacun. En langage de tous les jours, l’activité narrative est un des fondements de toute politique de communication.

Dans le sillage de Machiavel

« Le Prince » est une des premières lectures de tout étudiant en sciences politiques. Et c’est un livre qui inspire (même quand il n’est que parcouru) tout candidat à l’expérience politique. Dans le cas d’Emmanuel Macron, cette lecture ne pouvait que correspondre à la grille « ricœrienne » des récits et des faits.

L’ironie de l’histoire veut que 2017 soit le cinq centième anniversaire de la mort de Machiavel. Voilà qui donne du grain à moudre et du piment. Nul doute que d’aucuns partageront cette remarque d’un Filippo Strozzi : « Pourvu qu’il arrive à gagner la confiance de nos maîtres, c’est un homme qui est train de surgir. »

Une tentative de déniaisement ?

En 2017, pour Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et auteur d’un « Eté avec Machiavel », ce dernier est « le maître des déniaisements (…) en allant tout droit à la vérité effective de la chose. »

E. Macron se propose-t-il de déniaiser la France à travers un récit maîtrisé des faits dont la définition correspondrait à la vérité des choses !? Cela expliquerait sa politique de communication, verrouillée en termes modernes, mais perdant de son efficacité si toutes les ruses mobilisées s’écartent, soit de faits têtus, soit de faits incertains. Alors, « les risques du métier » peuvent prendre le dessus.

Les risques du métier

L’affaire De Viliers en est une première et symptomatique illustration. Le prince a voulu soutenir l’engagement de plus en plus contraignant et coûteux des armées françaises « et en même temps » réduire les moyens.

Pris au piège, il dénonce « un débat indigne » et confond l’Assemblée nationale avec la place publique, au risque d’affaiblir les institutions de la République. Contradiction de deux discours, l’un proprement politique, l’autre technique (mais qui a lui aussi la vertu politique et correspond à un récit comptable) – la ruse est-elle là ?

Entre le hasard et le destin...

Cette affaire – et on en verra d’autres – marque les limites du « et en même temps ». Tout cela requiert une grande maîtrise, et de la pensée, et de l’action. Le président de la République se doit de méditer la formule de Paul Ricœur qui, parlant de son christianisme, le définissait comme « un hasard transformé en destin par un choix continu ».

E. Macron est-il encore un hasard ? Si non, sa discipline personnelle ne devra qu’en être plus grande s’il ne veut pas tenir des discours ambitieux par rapport à « la vérité effective de la chose »…

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