Carnets Jurassiens

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Vindiou, v’là un livre, un nouveau de Franche-Comté

"Moi j’parle le comtois ! … Pas toi ?"

Le mercredi 24 février 2016, par Bernard Cabiron

Si l’on en croit le succès du petit livre que vient de lui consacrer Sophie Garnier, le bon vieux parler comtois a toujours la cote au pays des ch’nits et des ticlets. 300 phrases typiques extraites de sa collection Facebook, une présentation jeune, pas ampoulée pour deux sous, des pages pleines d’humour... tel est ce joli morceau de patrimoine offert à tous par l’auteur, pour se souvenir et pratiquer ensemble : " Écoute ’oir c’que j’vais t’dire"...

Naguère on apprenait au collège qu’il existe trois niveaux de langue en français. Distinguo par l’exemple :

Niveau courant (dit fonctionnel) : Passe-moi le sel, ou tu m’ passes le sel ? (pas toujours suivi d’un merci.) - Niveau instruit (grâce à l’école) : Pouvez-vous me passer le sel, s’il vous plaît ? - Niveau savant : Auriez-vous l’obligeance (ou la bonté) de me véhiculer la salière, s’il vous plaît ? Je vous remercie.

À l’époque, le premier niveau (oral par définition, familier et peu académique) était toléré hors salle de classe. Les deux autres, constituant l’outil même des connaissances, faisaient l’objet de tous nos soins en cours, lieu sacro-saint où il était surtout défendu d’écrire comme on cause.

Trêve de plaisanterie, ces propos n’ont aucune fraîcheur. "J’te raconte ça, ça r’monte à vieux, la gamine était pas née", voilà ce que j’ai envie de me souffler à l’oreille en le pompant dans le livre de Sophie Garnier, livre rédigé en langue vernaculaire (autrement dit, du cru – niveau 1), où les mots transcrits tels qu’on les entend voisinent avec les mots tels qu’on les voit, par fidélité aux sonorités du parler en question.

La Sophie, ne la cherchez pas parmi les linguistes notoires : elle ne s’y trouve point : trop jeune, trop moderne dans ses méthodes de diffusion. Pour l’illustrateur, Sophie Lambda, on peut penser à un alter ego : mystère et boule de gomme. Quant au livre : Moi j’parle le comtois !... Pas toi ? , mis en page par Emilie Menouillard, imprimé par Simon-Graphic d’Ornans, et édité par l’association La Braillotte (la grande gueule), il est présenté comme un produit 100 % comtois, pièces et main d’oeuvre. Nous n’en doutons pas une seconde.

Publié à 2000 exemplaires un peu avant La Noël, vendu aussi sec et retiré depuis, ce best-seller de poche continue de marcher du feu de Dieu, Facebook et le bouche à oreille lui assurant la meilleure des pubs.

Autre point fort : il est acquis par tout le monde : signe qu’il reste bien, par chez nous, une manière proprement comtoise de parler, qui soude les jeunes aux anciens, tout en exaltant le sentiment collectif d’appartenir à une identité locale discernable.

Il n’y a ni prétention historique ou littéraire, ni nostalgie ronchon dans cette aventure de Sophie Garnier, mais un double désir dont elle s’explique en préface : Rendre accessible aux personnes non connectées les pépites de son album sur Facebook ("Ce qu’un Comtois dit") - Préserver ce pan de mémoire commune par le livre : seul support culturel crédible et de grande longévité.

Quant aux phrases pleines d’authenticité naturelle et réparties selon les douze mois de l’année, Sophie les a captées de ses grand-mères, de sa famille ou de ses proches. Un lexique à la fin, destiné aussi bien aux aborigènes qu’aux étrangers, favorise la comprenotte de la série.

Chemin faisant, que trouve-t-on dans ce parler comtois qui (hormis quelques termes)) a si peu à voir avec le patois, enterré, le pauvre, depuis belle lurette ?

Des mots français vieillis reprenant au passage un p’tit coup d’jeune (quinquets, caquelon, rétamer, patachon...) ; des jurons en pagaille : (mûrie, vindzi, vindiou...) ; des expressions rares et pittoresques (pleurer la michotte, bâiller bleu, faire son midi, avoir le glinglin tout blanc..) ; l’usage intensif du i grec : y (mis pour il, ils, lui, là...) ; l’usage maximal du e muet élidé (si t’en r’veux, y’en r’na).

Il faudrait pouvoir ajouter à tout cela ce qui aromatise la saveur du parler comtois, qui ne s’écrit pas, à la rigueur se suggère (en circonflexes et points d’exclamation), mais surtout se transmet : l’accent.

Cet accent traînant, qui n’hésite pas à écraser les voyelles, à tiaffer dessus, quitte à faire pétouiller l’élocution et interférer avec le franc-parler. Bref, cet accent unique, singulier... et qui peut même vous trahir, dans votre incognito, à l’autre bout de la France.

Cré vindiou, qu’ c’est bon d’êtr’ Comtois ! D’en être fiers, voui, même si les autres se moquent d‘c‘t‘accent-là ! On parle beaucoup de sauvegarder l’environnement, Pourquoi n’aurait-on pas les mêmes sollicitudes pour le langage si singulier du terroir ? Après tout, c’est du français bien en chair, bien en couleurs ; du français qui se débrouille ; du français qui porte de la pensée pas plus creuse que le bavardage des médias !

Sophie Garnier a raison sur toute la ligne. Il faut sauver cette partie de la création, si minime soit-elle. Sa démarche n’est ni casanière, ni étroite d’esprit. Je la trouve plutôt intimement liée aux valeurs d’entraide et de solidarité, à la nature, au travail des humbles, comme à l’honneur d’être autonome… en son pays. Ch’ui pas un‘ braillotte, mais j‘y dis comme j‘y pense.

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