Carnets Jurassiens

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à Frontenay (vers Poligny)

Dans les traces (écrites !) de Bernard Clavel (1923-210), balade in memoriam...

Le jeudi 8 octobre 2015, par Bernard Cabiron

Après avoir animé une foule de personnages à travers ses romans, creusé force convictions personnelles dans ses essais, écrit des contes et nouvelles pour la jeunesse, Bernard Clavel, infatigable artisan de la plume, s’est éteint le 5 octobre 2010. Anniversaire oblige, le temps d’une visite à la tombe jurassienne (Frontenay) où dort ce révolté, porte-parole des humbles, dans un bijou d’endroit, entre solitude et silence.

Un lierre blanc et vert, un mini massif d’impatiences rouges, un cadre rectangulaire minéralisé de la plus simple expression ; ni stèle ni croix, pas d’épitaphe, pas de plaques funéraires non plus, seulement cette inscription lapidaire : Bernard Clavel 1923 – 2010.

Pour qui ne le saurait pas, rien, dans ce singulier dépouillement, ne rappelle qu’ici repose un immense écrivain, auteur d’une centaine de titres et dont les ouvrages vendus à des millions d’exemplaires ont fait le tour du monde.

On ne peut rêver discrétion plus austère chez ce grand homme, plus familier des vastes espaces que des salons littéraires, plus enclin à piquer de saintes colères qu’à endosser le prêt à porter des habitudes et de la pensée. Son obscure concession post mortem, Clavel l’avait lui-même tracée au cordeau, lorsqu’en 2002 il avait demandé au maire Christian Guichard, la permission d’être inhumé à Frontenay, non au centre du cimetière, mais en rebord, sous une branche de tilleul.

À l’époque, sa visite à une exposition de Josette Coras au château du village l’avait insensiblement ramené vers ce site vénérable dont le charme opérait sur lui depuis longtemps. La longue voûte des vieux arbres, les subtiles pénombres du sanctuaire végétal, le recueillement du lieu, l’ineffable paix qui s’en dégage.. tout lui faisait entendre la voix souveraine, miséricordieuse de mère Nature qu’il avait tant honorée dans ses écrits.

Ce n’est pas qu’alors Clavel se sentît vieux, ou fatigué de vivre. Quoique octogénaire, il n’était pas plus serein qu’avant, ne tenait d’ailleurs pas à le devenir. En 2002, la cadence de ses publications n’avait pas baissé. Derrière lui, une production aussi considérable que diversifiée. Au miroir, le reflet d’un vieillard adulé, parce qu’il savait et transmettait. Côté lecteurs, une extraordinaire semence de richesse intérieure. Bref, une vie d’artiste réussie, la gloire, un nom planétaire... tout cela conquis en se levant à cinq heures pour retrouver son établi..

L’auteur des Colonnes du ciel détestait parler de soi. Néanmoins on décèle aisément dans son œuvre, comme un essieu de son art, ce qu’on pourrait nommer, faute de mieux, le sentiment de la nudité de l’être. L’âge aidant, cet homme qui ne croyait pas plus aux faveurs du destin qu’à la visite des anges, apprivoisait la mort, histoire de ne pas se laisser déborder par elle.

Victime l’année suivante, d’un grave accident vasculaire qui devait le clouer au lit, Clavel fut donc enterré là le 10 octobre 2010, par un doux après-midi d’automne, sous un soleil rayonnant. La famille, quelques amis de longue date ou de chevet, divers artistes de la région, une poignée de Jurassiens, formèrent l’assistance d’une centaine de personnes admises sans peine dans l’église. Pas de nom connu du grand public, pas de tête d’affiche, mais beaucoup d’attendus absents...

Les obsèques religieuses célébrées par Maurice Vandel, curé de la paroisse, furent aussi peu vaniteuses que ne l’avait été le vivant. L’ami suisse Roland Marthaler parla de son ami ; Yves (un des enfants) exalta le héros de l’écriture, père lointain hélas. A l’ombre des tilleuls, Josette Pratte (sa seconde épouse), Franck Lacroix (directeur, alors, de la Voix du Jura), Brigitte Waridel (en charge de la culture dans le canton de Vaud), Francis Esménard (patron des éditions Albin-Michel) évoquèrent tour à tour le créateur inspiré, le frère des hommes, "l’enraciné déraciné"... et toujours l’ami.

Entre-temps, un air de cors plutôt joyeux ainsi que l’âme d’un violon s’étaient fait entendre. Pour finir, c’est au seul frémissement des tilleuls, au chant furtif des oiseaux, que chacun put laisser tomber doucement sur le cercueil une des feuilles mortes ramassées à l’avance dans une corbeille. Le voyageur inlassable était rendu à l’humus.

Longue vie à ses livres dont aucun ne répète le précédent.

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