Carnets Jurassiens

Les Carnets Jurassiens s’intéressent à la vie économique, politique, sociale, culturelle et environnementale du Jura d’abord, de la Franche-Comté ensuite - plus loin encore si nécessaire !
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Un exemple d’économie solidaire

La Nouvelle Librairie Polinoise, une belle voix au chapitre !

Le mercredi 23 janvier 2013, par Bernard Cabiron

A l’image ancestrale de ces Fruitières comtoises d’association mentionnées par Victor Hugo dans Les Misérables, sorte de granges où les paysans pauvres mettaient leurs vaches ensemble et se répartissaient les produits, la librairie de Poligny devait renaître de ses cendres, il y a un peu plus de trois ans, grâce à l’effort collectif d’un petit nombre de "mordus"…

Ou si l’on veut de clients prêts à partager – non le profit – mais le risque d’investir dans le maintien d’un commerce culturel en zone quasi rurale. Audaces fortuna juvat... Pari plus que tenu, comme en témoigne le bilan dressé par le magasin lors de sa récente Assemblée générale.

Les anciens Polinois se souviennent du temps où, les grandes surfaces n’existant pas, la ville possédait deux librairies en ordre de marche, parfaitement intégrées à son réseau de pas de porte florissant : l’une, située rue du collège, dite religieuse ; l’autre dans la grande rue, dite normale. Si la première a disparu en 1974, la seconde, de loin la plus importante, a bien failli faire naufrage il y a quatre ans. Failli seulement ! Car sauvetage il y eut... et même sauvetage exemplaire. Pour Poligny qui, outre ses 4500 habitants, regroupe une énorme population scolaire, on peut parler de bénédiction.

Remontons à 2008. Lorsqu’il s’avère que Mme Gaven quitte les affaires pour raison de santé, on apprend du même coup qu’aucun repreneur ne s’est présenté. Faut-il encaisser, bon gré, mal gré, cette énième fermeture de boutique dans une cité qui compte déjà tant de clés sous le paillasson ? Faut-il se résoudre à voir disparaître un lieu de culture aussi familier, voire incontournable dans une ville englobant maternelle, écoles primaires, collèges, lycée polyvalent, Ecole nationale de laiterie ? "Nenni, ma foy !" sera la réponse bien franc-comtoise et contre-fataliste d’une poignée d’amis.

Reste à trouver une combine qui tienne la route, car n’ouvre pas une librairie qui veut. Si aimer le livre est chose louable ; s’il est tout aussi louable de savoir que le livre ne demande qu’à vivre puisque que les lecteurs sont foule, en revanche le bon vieux négoce ne se nourrit pas de bonnes intentions, et l’on ne saurait s’y maintenir la tête hors de l’eau sans se frotter quelque peu les mains au cambouis : en clair, sans connaître le monde de l’entreprise.

De g à d, Corrinne Dalloz, Mathilde Vergon et Geneviève Dandelot

Renseignements, contacts, conseils, projections... plusieurs mois sont nécessaires pour donner intelligence et assise au projet. Résultat des courses : il est décidé de créer une S.A.S. (Société par actions simplifiées), au capital constitué par 80 porteurs de parts (issus de tous bords). Il est entendu que cet investissement purement philanthropique (vu la faible rentabilité du livre en général), fonctionnera sans versement de dividendes, et qu’enfin la représentation respectera le principe "un actionnaire égale une voix" - quel que soit le montant versé par chacun.

C’est ainsi que la Nouvelle Librairie Polinoise (NLP pour les intimes) rouvrit ses portes au public le 23 octobre 2009, avec Corinne Dalloz à la vente (libraire de profession, seule salariée de l’équipe), et Mathilde Vergon (documentaliste en lycée) à la présidence de la SAS, toutes deux fortes de leur expérience parisienne, toutes deux soudées par la passion de renforcer leur choix de vie néo-rurale.

Serge Joncour dédidace L’amour sans le faire

Passion qui n’hésite pas d’ailleurs à initier maints échanges autour de l’objet imprimé, via rencontres et dédicaces d’auteurs, ateliers de lecture, partenariat avec la bibliothèque intercommunale, le CRL, les salons régionaux... toutes formes d’animations visant à faire parler le livre et à créer de la communication autour de lui. On sait, en effet, combien la petite librairie de papa peine à gérer aujourd’hui un secteur souvent morose, compte-tenu du fait que, désormais, lui échappent le gros de la papeterie, ainsi que les commandes groupées de manuels scolaires.

À l’époque, les coéquipiers de cette démarche d’économie solidaire s’attendaient-ils à ce qu’un relais médiatique haut de gamme vienne épauler leurs premiers pas ? Certes non, et c’est pourtant ce qui arriva. La presse locale fit si bien son travail que, l’AFP ayant publié une dépêche sur le sujet, il n’en fallut pas davantage pour qu’en boucle, Le Point, France-Soir, Washington Post, L’Humanité, Le Figaro, Libération, pour s’en tenir à ces titres, répercutent à leur façon cette belle initiative de la France d’en bas. ( Un dossier complet de cette bienveillance journlistique a été établi par Marie-Claude Pelot dans la Revue du Patrimoine Polinois, année 2o1o, n°25.)

Et d’évoquer à ce propos la tradition comtoise, riche en expériences d’entraide de voisinage, qu’il s’agisse des coopératives, fruitières, chalets... sans oublier des aventures aussi mémorables que la création d’un revenu mininum à Besançon dans les années 70, ou la gestion communautaire de LIP, à peu près dans le même temps.

Les ombres vénérables de Fourier, Proudhon, Considérant, Godin et autres Charles Piaget planent donc sur la NLP depuis trois ans, alors qu’elle vient de faire le bilan de son exercice 2o12. "Force est de constater que le mot proximité accolé au mot commerce prend un sens réaliste dans notre cas", résume avec satisfaction la présidente Mathilde. Fidélisation de la clientèle, évolution positive du chiffre d’affaires, hausse significative de la marge commerciale... voilà qui permet d’envisager l’avenir avec sérénité, tout en stabilisant un 1er emploi à temps partiel, avec l’embauche d’une seconde libraire.

Comme dirait l’ami Jacquemard, fromager philosophe, expert en solidarités du temps jadis... un temps pas si bête que ça : "Loin de l’église, pas de salut. Loin du chalet, pas de revenu."

Nota Bene

Les photos sont de Marc Sergent

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