Carnets Jurassiens

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Un livre, un regard neuf

Alésia : une affaire classée ?

Le jeudi 20 décembre 2012, par Bernard Cabiron

Par Toutatis, comme elle foisonne, la littérature touchant l’ultime affrontement des Gaulois et des Romains ! Et pour quoi nous dire ? Pour dire quel génie de la poliorcétique fut déployé à Alésia. Dire combien fit rage le combat qui s’y livra. Dire surtout quel en fut le vrai lieu. C’est sûr qu’on en a fait des tonnes... et pourtant rien n’est bien sûr ! Que pouvons-nous donc attendre d’un énième livre sur la question ? Paradoxalement, un regard neuf, comme en témoigne le récent ouvrage de Yann Le Bohec, intitulé "Alésia, 52 avant J.-C.", paru aux éditions Tallandier.

D’abord, voici un ouvrage serein, écrit clair et concis, qui se lit agréablement, qu’on peut mettre entre toutes mains, bien qu’il fasse la part belle au vocabulaire latin. De plus, un livre neutre, sagement distant des sempiternelles chamailleries d’une certaine France de la diversité, qui ont si souvent lardé ce sujet sensible.

Enfin, un livre moderne, rédigé par un spécialiste de l’histoire militaire antique, au plus près des fouilles les plus jeunes, comme de la psychologie des combattants et des opérations sur le terrain. En somme, un bouquin d’histoire bien ficelé, un produit frais. Laissons-nous instruire au fil des pages.

En 58, depuis vingt ans en marche vers le pouvoir absolu, César se fait attribuer le proconsulat de la Gaule Cisalpine et de la Narbonnaise. Il ne lui manque, en effet, qu’un haut commandement, une armée, une bonne guerre pour égaler le lustre de son gendre et rival Pompée. Le temps presse : l’homme a bientôt 60 ans.

Les bonnes raisons de susciter un conflit d’envergure à l’intérieur de la vaste mosaïque gauloise ne font pas défaut : la terre y est opulente ; ses habitants, depuis leur sac de Rome au III° siècle passent pour l’ennemi héréditaire ; et puis n’y a-t-il pas là des peuples alliés à secourir ? Qu’ils soient Helvètes, Germains, Belges, de l’Armorique, des Flandres, de l’Aquitaine ou de la (Grande) Bretagne, six années de campagnes sont nécessaires au descendant de Vénus pour soumettre ces barbares les uns après les autres, non sans moissonner une splendeur digne du grand Alexandre. Désormais, l’ensemble du territoire est pacifié. César qui contrôle l’étendue visible de la "Gaule chevelue" peut calmer le jeu.

C’est alors qu’en 52, le jeune aristocrate Vercingétorix parvient à coaliser les Arvernes dont il est le chef, les peuples du centre et une partie de l’Armorique. César riposte au plus vite, écrase une révolte à Genabum (Orléans), prend la ville d’Avaricum (Bourges), oblige l’ennemi à se réfugier à Gergovie (Auvergne), place forte qu’il assiège en vain. Tandis qu’il semble tourner cours à sa conquête en donnant à ses légions l’ordre de gagner la Provincia, Vercingétorix le défie en rase campagne, près de Dijon. Mais, victime de sa témérité, l’illustre Arverne mis en déroute se replie sur le plateau d’Alésia. Sa tactique, celle de l’enclume et du marteau, consistera dès lors à chercher la victoire en piégeant son adversaire entre le Mont Auxois et les renforts gaulois annoncés.

C’est sous-estimer non seulement l’efficacité des gigantesques travaux accomplis durant cinq semaines par des milliers de légionnaires, mais aussi l’endurance et la science du combat dont font preuve ces fantassins professionnels, entraînés de longue date, bien équipés, parfaitement disciplinés. Les Gaulois ne manquent ni d’effectif ni de cœur au ventre. Hélas ! que faire contre la meilleure armée du monde ? Leurs attaques de cavalerie dans la plaine se soldent par une défaite ; leurs assauts contre les lignes de défense romaines sont un échec ; enfin, l’armée de secours, dans un terrible corps à corps, est anéantie. En tout quatre batailles qui permettent à César d’emporter la décision. Vercingétorix s’incline. On connaît la suite.

Nous parlions tout à l’heure d’un "regard neuf" sur Alésia. Oui, pour trois raisons. Yann le Bohec n’ignore rien des récents progrès de l’histoire militaire accomplis ces dernières années par la recherche universitaire, laquelle a largement réhabilité "l’histoire-batailles". Ensuite il tire un précieux parti des fouilles réalisées de 1991 à 1997 sur le site d’Alise-Sainte-Reine par l’équipe franco-allemande de Michel Reddé et Siegmar von Schnurbein). Tertio, sa relecture-traduction des textes est pertinente, à commencer par l’inépuisable De bello gallico, via l’authenticité, les mensonges aussi.

Maintenant, sur quel fuseau horaire franco-français faut-il situer ce lieu de magistrale défaite, ou si l’on veut - pour l’honneur - ce berceau de la Résistance nationale ? A cette question qui continue de passionner nombre de Comtois (vive la seconde bataille d’Alésia !), l’auteur consacre un chapitre entier. Réponse : Alise-Sainte-Reine, en Côte d’Or, et non La Chaux-des-Crotenay, dans le Jura.

Démonstration. Le nom d’Alésia n’a jamais disparu des anciennes chroniques ; on le trouve attesté dès le II° siècle de notre ère. Lorsque les premières fouilles scientifiques sont réalisées à Alise, de 1861 à 1865, il ne s’agit pas d’un site imposé avec arrière-pensée politique par Napoléon III, puisque de multiples objets y ont toujours été trouvés durant les siècles antérieurs.

Or les fouilles les plus actuelles (épaulées par la photographie aérienne) confirment et complètent celles accomplies sous le Second Empire : défenses linéaires flanquées de tours, pièges, balles de frondes signées Labienus (bras droit de César), quelque 600 armes (chiffre énorme, sachant qu’on ramassait le fer après les combats), 900 monnaies (frappées avant 52), vestiges d’un bourg fortifié à la gauloise, etc.

Beau joueur, Yann le Bohec ne laisse dans l’ombre aucun des nombreux arguments jurassiens qui plaident pour le site de La Chaux-des-Crotenay : on les trouvera au centre de son livre. Mais si plaider est une chose, exhumer des preuves archéologiques en est une autre. Détail notoire, à plusieurs reprises, de 1964 à 1986, les autorisations de fouilles et de sondages ont bien été délivrées aux Comtois, par A. Malraux, J. Duhamel, M. d’Ornano ou J. Ph. Lecat. Rien de significatif n’a été découvert. Un jour, qui sait...

Entre-temps, cet Alésia des esprits, nul ne saurait l’ensevelir. A moins qu’à force de "déromaniser" la France, on en vienne à faire tabula rasa du passé, au point de ne plus savoir... où se situe Verdun.

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