Carnets Jurassiens

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Un spectacle insolite sur 14-18

"La guerre d’Apollinaire", Paris-Etival et retour

Le dimanche 18 octobre 2015, par Bernard Cabiron

Parmi les évocations locales de la 1ère guerre mondiale qui se succèdent depuis l’an passé il en est une au pays qui, représentée d’abord à Etival et à Champagnole, s’apprête à faire un grand détour par Paris. C’est de "La guerre d’Apollinaire" qu’il s’agit, spectacle produit par la troupe de théâtre jurassienne "La petite auto", avec la complicité musicale des "Cénobites tranquilles".

Flash back. Pourquoi Etival, village du Jura situé entre Clairvaux les Lacs et Saint-Lupicin ? Parce qu’en octobre 1912, Apollinaire y séjourna chez Gabrielle Buffet, en compagnie de ses amis Marcel Duchamp et Francis Picabia, ce dernier, au demeurant mari de Gabrielle depuis 1909 et grand amateur d’automobiles, ayant piloté le trio, depuis la capitale jusqu’à cette contrée lointaine.

Etival, creuset d’idées neuves !

Voyage audacieux pour l’époque ! Car enfin, Etival, pas connu plus que ça pour ses grand et petit lac, sans oublier celui de la Fauge, d’une ombrageuse beauté dans sa ceinture de sapins. Etival, vivant d’artisanat ancestral, d’agriculture et d’élevage, dut paraître un drôle de bout du monde à nos Parisiens.

Dans ses Aires abstraites, Gabrielle rapporte qu’au milieu de la nuit, par une pluie torrentielle, les trois compères n’y parvinrent pas sans affronter moult dangers, ni se perdre plusieurs fois. Cette femme exceptionnelle, élève de Vincent D’Indy, "élément détonateur" (dixit Jean Arp) dans l’aventure de l’art moderne, qui possédait là (avec son frère peintre Jean Challié) une charmante propriété, estimait l’endroit aussi propice à l’essorage des vieilles idées qu’à l’éclosion d’idées neuves. Par chance, des idées neuves, ces pèlerins de génie en avaient à revendre.

L’escapade en Etival opéra comme un fructueux dérivatif

En 1912, Picabia propageait un esprit "pré-Dada", Duchamp signait son hardi Nu descendant un escalier ; tous deux étaient en passe d’obtenir un succès de scandale l’année suivante à l’Armory Show de New-York. Quant à Guillaume Apollinaire, il peaufinait ses Alcools depuis quatre ans, recueil poétique des plus inventifs, dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui, et qui susciterait lui aussi pas mal de chahut lors de sa parution en 1913. L’escapade en Etival opéra comme un fructueux dérivatif, car non seulement elle immergea ces pionniers des temps nouveaux dans la beauté campagnarde et les longues promenades, tout en les initiant à l’excellente cuisine du terroir (gibiers, morilles, fromages et crème, vins de la plaine, etc.), mais elle leur révéla quelques-unes des mœurs et coutumes de cette région frontalière, appelée "Zone" depuis Voltaire, en clair : libre de toute servitude douanière.

Apollinaire plonge dans la barbarie et... survit

Or, précise Gabrielle dans ses souvenirs trente-cinq ans après l’événement, ce terme de Zone, Apollinaire, toujours prêt à s’émerveiller de tout, le reprit au bond pour titrer l’exubérant poème qui ouvre Alcools, poème qu’il venait de déclamer un beau soir devant ses hôtes réunis au salon. Pour en finir avec ce coup d’oeil en amont, rappelons qu’en 2012 – mémoire du centenaire oblige - Etival inaugura quatre plaques de rue au nom des protagonistes.

Mais venons-en à la guerre de 14-18. Quelle ne fut pas la stupéfaction de ses amis quand, depuis Nîmes, Apollinaire leur annonça son engagement et son incorporation dans l’infanterie ! De leur part, c’était oublier que l’enchanteur, fût-il pré-surréaliste et étranger, entendait bien – comme Français - ne pas se défiler devant l’union sacrée.

Et de plonger dans la barbarie, car soldat enthousiaste au départ, ébloui par les combats d’artillerie, très vite l’horreur des tranchées ne lui inspire que répulsion. Seuls l’écriture, le dessin, le rêve des perm’, l’humour, surtout l’amour avec Lou (alias Louise de Coligny, rencontrée au début du conflit), à laquelle il adresse un courrier assidu, lui permettront de ne pas être englouti par le ravage.

Le spectacle narre le cheminement du poète combattant

Le spectacle conçu par Patrick Roussey et son équipe autour de la Grande guerre, telle qu’Apollinaire la raconte, traduit avec ferveur le cheminement des sentiments et des émotions du poète combattant : patriotisme, fascination, épouvante... voire folie, non sans oublier le repos du guerrier, la gaieté, les expressions truculentes ou la sensualité. Sur scène, deux personnages : Gui (héros-victime en narrateur), Lou (lisant les lettres du front) ; trois chansonniers, dans un florilège pittoresque de musique et de voix, mêlant créations originales et titres connus.

L’ambiance élude le tragique, mais ne fait pas l’impasse sur la gravité.

Quant à la fantaisie, merci Apollinaire, elle est partout présente, ce qui permet au public de sortir du spectacle à la fois instruit, ému, les yeux pétillants de vie.

Agenda des prochaines représentations Paris (11° arr.) théâtre Le Proscenium > Dimanches 18 et 25 oct. Dimanche 1er nov. (15h) – Mardis 20 et 27 octobre (19h.) Clairvaux les Lacs > 10 nov (20h30) - Sur Dijon > 14 nov., à Talant. Durée 1h15

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