Carnets Jurassiens

Les Carnets Jurassiens s’intéressent à la vie économique, politique, sociale, culturelle et environnementale du Jura d’abord, de la Franche-Comté ensuite - plus loin encore si nécessaire !
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Jean-Daniel Michel

Jura-Phylloxéra : l’autre guerre de Trente ans

Le jeudi 21 mars 2013, par Bernard Cabiron

Enseignant retraité, disons plutôt "actif libéré", surtout passionné d’histoire locale, Jean-Daniel Michel a récemment publié un livre-album intitulé "Le Jura malade du Phylloxéra", sous-titré "Disparition et renaissance du vignoble jurassien (1879-1909)". Cet ouvrage conte la lutte sans merci que livrèrent les fiers vignerons jurassiens face à une calamité qui naguère faillit bien les engloutir. Au final – si tant est qu’à quelque chose malheur est bon - de cette crise formidable sortit le vignoble moderne que nous connaissons, produisant des vins d’une forte personnalité.

En soi, la bête est des plus minces : de 1 à 2 mm, pas spécialement facile à choper, d’autant plus qu’elle s’en prend aussi bien aux racines du plant qu’à sa partie aérienne. Rien à voir avec les doryphores dont un peu de patience permet la "cueillette" sur les feuilles de patates. Autre problème, la sexualité ravageuse dudit puceron. Comment s’en débarrasser, lorsqu’ on sait qu’en vertu du cycle biologique de l’espèce, une mère pondeuse peut, en une seule saison, vous donner plusieurs millions de p’tiots ? Quant à ce terme grec Phylloxéra, signifiant "qui dessèche les feuilles", voilà un nom pas facile non plus à évacuer de nos mémoires, tant il évoque un sinistre cousinage avec la peste.

Tout commence donc il y a 150 ans, par la terrible invasion de ce minuscule insecte importé accidentellement d’Amérique du Nord, insecte qui atteint et ruine en une dizaine d’années la quasi totalité des vignes de France et de Navarre, sans juger opportun d’épargner celles du Jura. Coteau après coteau, le puceron parasite infecte de ses piqûres feuilles, tiges et racines, condamnant le cep à une mort sans appel. Le vigneron n’a jamais vu ça ! Dans ce genre de culture à risques, il en voit pourtant de toutes les couleurs : gelées fortes, gelées tardives, orages, grêle en plein été, mouches, vers, chenilles et autres maladies... qu’est-ce qui ne lui est pas déjà tombé dessus ! Hélas, cette fois-ci l’ennemi ne ressemble à personne et les dégâts sont monstrueux.

D’où un profond désarroi, une détresse immense chez les viticulteurs qui ont le sentiment de faire face à un désastre imparable, parce que la lutte est inégale, parce que toutes les vignes du pays vont y passer et qu’il s’agit là d’une belle saloperie de fatalité. En haut lieu, on parle d’une catastrophe nationale, tout en cherchant les moyens d’y remédier. Globalement, alors que le vignoble était à son apogée en 1870, plus de la moitié des exploitations seront perdues, la production se verra réduite des deux tiers ; pour ce qui est des incidences sur le commerce, elles seront épouvantables. Devant tant de misère naturelle, beaucoup d’ouvriers agricoles font leur valise, s’en vont tenter leur chance en ville.

Mais c’est oublier que les Jurassiens sont tout sauf résignés. Avec courage et opiniâtreté, ces fortes têtes vont apprendre à se battre. Il leur faudra, bien sûr, changer bien des habitudes ancestrales, se laisser convaincre par l’utilité des traitements, surtout se faire à l’idée que le salut de leurs vignes passe par les plants américains, via la greffe. Tout un programme, au terme duquel il restera clair que la victoire sur le phylloxéra ne saurait être définitive ; que les traditionnels ennemis de la vigne eux non plus n’ont pas disparu ; qu’enfin on peut toujours faire confiance à mère Nature pour ce qui est d’innover question maladies. Il suffit de penser au mildiou, apparu au milieu de l’aire phylloxéra.

Certes, la profession de vigneron sort complètement transformée de cette aventure : critique, instruit, professionnel à temps complet, celui-ci n’a plus droit à l’erreur, qualité oblige ! Le paysage des Côtes du Jura lui aussi n’est plus le même : combien de sites au graphisme jadis tissé par la vigne sont-ils maintenant recouverts de bois ? Quant au reste, les problèmes d’avenir (sans préciser lesquels), la viticulture est assurée de n’en point manquer : Il sera toujours plus pénible, plus aléatoire d’être vigneron que sénateur. Mais quand on a ça dans le sang !...

La vigne dans le sang, Jean-Daniel Michel l’a justement, par l’exemple de sa famille : un arrière grand-père vigneron à mi-fruits, un père pépiniériste horticulteur, un oncle jardinier aux Annonciades de Saint-Amour. Voilà qui est suffisant pour s’y connaître un peu et se sentir motivé par cet épisode "trempé de sueurs généreuses et de larmes secrètes », sur lequel n’existait jusque là aucune synthèse digne de ce nom.

Avec minutie, méthode et patience, JD. Michel dont le double est plus "terrien" qu’il n’y paraît, a donc bûché son sujet en le creusant, bêchant, fouillant comme eût dit La Fontaine. Au final, sur cette histoire pleine d’enseignements et de conséquences encore actuelles, il a composé le livre exhaustif qui manquait.

Un livre qui est tout, sauf ennuyeux. Grâce aux cartes géographiques ou postales, tableaux, photos, hors-texte qui balisent le texte et concourent à rendre le propos parfaitement limpide, digeste, voire pittoresque... comme en témoigne, entre autres, cet encart de la page 100 récapitulant les "quinze" impôts qui pèsent sur le vin. Ajoutons le choix délibéré du grand format, le look album cartonné, relié, robuste du bel objet imprimé cousu main, fait pour durer. Fait pour instruire bien sûr, expliquer comment nos pères ont su redistribuer le jeu, fait surtout pour conserver la mémoire de leur guerre... Tout cela en forme d’hommage rendu à la noble profession des vignerons d’hier et d’aujourd’hui, qui le méritent bien.

Président de l’Association Culture et mémoire au pays de Saint-Amour, Jean-Daniel Michel a déjà publié : Histoire du groupe Henri Clerc, dit Petit (1941-44) et Histoire des sapeurs-pompiers du pays de Saint-Amour.

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